Deux mondes qui se rencontrent

Texte de Martine Leroux

Ce texte est une fiction basée sur des faits réels recueillis dans le cadre de notre travail. Article paru dans Des Échos de femmes, 2005. Logo Écho des femmes

Par un samedi matin pluvieux où je me demande quoi faire par cette journée de congé, après avoir lu La Presse, je me remémore ma rencontre avec une femme, Maria. Cette rencontre, qui a changé ma vision du monde, a eu lieu à l’automne dans un bistrot. Nous nous sommes rencontrées par le biais d’ami(e)s communs. Nous avons eu une discussion pendant laquelle nous avons émis une ou deux idées intéressantes pour changer le monde. Après le départ de nos ami(e)s, Maria m’a raconté comment son monde à elle a basculé, un soir de juin de l’année dernière.

« Ma patronne avait décidé de fêter l’arrivée d’un contrat qui allait faire la différence pour quelques employées, entre la précarité et une stabilité d’emploi pour quelques années. Nous nous sommes retrouvées dans un bistrot en compagnie de mon équipe de travail, de ma patronne et du seul homme de l’entreprise. Il y avait bien eu quelques remous à son arrivée, nous nous demandions s’il allait se conduire comme le king, car il était le seul homme de l’entreprise. Nous l’attendions avec une « brique et un fanal », comme on dit par chez-nous. À la surprise générale, il s’est révélé être un collègue de travail respectueux, non dominant et surtout il ne s’est jamais aventuré du côté des jeux de séduction. Ainsi, quand il s’est proposé pour me reconduire après la fête, j’ai accepté d’emblée. Sur le pas de la porte, il m’a demandé si nous pouvions nous fixer un rendez-vous pour travailler ensemble sur un nouveau projet à présenter à un client. Je lui ai proposé de faire un remue-méninges rapide, sur le champ si cela lui convenait, puisque, lors de la fête, nous avions déjà eu quelques bonnes idées qui risquaient de se perdre si nous attendions trop longtemps. Nous avons alors commencé à lancer des idées, autour d’un verre de vin. Il devait être 19 heures. Je n’ai repris conscience que le lendemain à l’aube.

Mes vêtements étaient déchirés, j’avais mal au ventre, j’étais couchée sur le plancher de la cuisine et je ne me souvenais de rien de la veille. Paniquée, j’ai appelé mon amie, qui était aussi une collègue de travail, pour qu’elle vienne à la maison. Quand elle m’a vue, elle a tout de suite compris ce qui s’était passé. J’avais été victime des drogues du viol et agressée sexuellement par le collègue de travail si respectueux! »

Qu’est-ce que c’est les drogues du viol? lui ai-je demandé. Maria m’a répondu que les agresseurs utilisent les drogues du viol, (alcool, valium, ativan, GHB, etc.) comme un moyen de plus pour agresser sexuellement une femme, au même titre que le chantage, les menaces, la manipulation. Ils utilisent les drogues du viol parce que devant des témoins, la personne semble consentir aux avances sexuelles à cause de l’effet de ces produits-là, parce qu’elle ne se défend pas et parce qu’elle se souvient peu ou pas de ce qui s’est passé.

Maria poursuit son récit : « Accompagnée de mon amie, je me suis tout de suite rendue à l’Hôtel-Dieu. J’y ai passé des tests de grossesse, de maladies transmissibles sexuellement et des tests pour détecter ce qu’il avait mis dans mon verre. Je pensais porter plainte contre lui pour qu’il ne refasse jamais cela à une autre femme mais j’avais besoin de temps pour y penser. Dans les jours qui ont suivi, je me suis informée sur les agressions sexuelles et les drogues du viol auprès d’organismes qui viennent en aide aux femmes agressées sexuellement dans ma région. J’ai aussi commencé un suivi individuel parce que je vivais plein de bouleversements dans ma vie. Une intervenante m’a confirmé que ce que je vivais de différent depuis l’agression, c’était bien des conséquences d’une agression sexuelle et que même si je ne retrouvais pas la mémoire de ce qui s’était passé, j’allais en subir les séquelles quand même. C’est ce qui m’a convaincue de porter plainte. Il n’était pas question que je vive les impacts d’une agression sexuelle sans que l’agresseur soit dénoncé publiquement! »

Cette confidence a chaviré mes convictions. Moi qui pensais que l’agresseur est un inconnu louche qui agresse la nuit dans la rue! Mais si l’agresseur était un homme que je connais, en qui j’ai confiance…

L’Écho des femmes de la Petite Patrie

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