La CLES

CLES

Actrice incontournable dans la lutte contre la violence faite aux femmes  

Texte de Michèle Roy

La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)  est une coalition d’organismes et de personnes critiques de l’industrie du sexe. Nous sommes des militantes de divers groupes communautaires et de femmes, des personnes sensibilisées à ce problème, des travailleuses et travailleurs de rue, des sociologues, des personnes du milieu étudiant, des féministes critiques de la mondialisation, etc. Nous croyons qu’un monde sans prostitution est possible si nous apportons un soutien réel aux femmes en situation de prostitution et que nous tenons tête aux gens qui les exploitent. La CLES croit à la possibilité et la nécessité d’abolir la prostitution des personnes à partir d’une analyse féministe fondée sur les principes d’égalité et de respect des droits humains. 

La CLES est à la fois un lieu de concertation, d’analyse, d’apprentissage et d’actions. Depuis sa mise sur pied en novembre 2004, la CLES mène ses actions en se fondant sur l’expérience et les témoignages de femmes aux prises avec la prostitution. L’objectif principal est d’amener la société québécoise à revoir sa façon de percevoir et d’agir en ce qui concerne l’existence de la prostitution, tant au niveau légal que social. Nous croyons fermement que l’institution de la prostitution est incompatible avec une lutte pour l’égalité pour toutes les femmes. 

En moins de cinq ans, les membres de la CLES ont, ensemble et séparément, appuyé des femmes dans la prostitution, servi de relais à leur expérience, soutenu des recherches sur la traite des femmes et les clients prostitueurs, organisé des séances d’information pour le grand public avec des spécialistes nationales et internationales, déposé des mémoires en comités parlementaires, organisé des campagnes de pression, rencontré des politiciennes et politiciens, produit et diffusé des livres, des articles, des brochures et des films, informé des journalistes, organisé des conférences de presse et des colloques, rencontré et formé des groupes communautaires, produit des manifestes et textes d’opinion. Nous travaillons également pour offrir aux femmes ayant quitté l’industrie du sexe ou souhaitant le faire, des alternatives et de l’accompagnement. Nous croyons que la loi canadienne doit changer et épouser plutôt une approche féministe à l’instar de ce qu’a fait le gouvernement de la Suède et plusieurs autres pays. Les femmes ne doivent pas subir l’opprobre d’une société qui refuse d’affirmer et d’actualiser le droit à l’égalité pour toutes. 

La CLES croit que la tendance actuelle à considérer la prostitution comme inévitable contri­bue à légitimer cette institution de l’oppression des femmes. De marginale qu’elle était, la prostitution devient la nouvelle norme sexuelle, encou­ragée par une culture pornographique omniprésente dans la société. La CLES refuse de considérer la prostitution comme un « travail », encore moins comme une liberté ou un « droit ». Elle s’oppose à la criminalisation des personnes prostituées et propose des alternatives à la libéralisation de la prostitution prônée par certains groupes. Elle préconise donc une politique abolitionniste adoptée au XXIe siècle, fondée sur les principes d’égalité des sexes et de respect des droits humains. 

Depuis avril 2008, la CLES pilote un programme triennal de création d’outils pédagogiques et de diffusion de formations sur la réalité de l’industrie du sexe. Le projet que nous menons permet de sensibiliser de plus en plus de personnes aux réalités de l’industrie du sexe, son impact sur la vie des femmes qui sont à l’intérieur comme à l’extérieur de son emprise. 

Appel à l’action

Les membres de la CLES proviennent de diverses régions du Québec, s’impliquent selon leurs possibilités et repoussent de plus en plus le discours banalisateur, défaitiste ou culpabilisant qui a eu trop longtemps le haut du pavé. Ils et Elles remettent la lutte contre la prostitution et l’exploitation sexuelle au cœur de la lutte contre les violences faites aux femmes. La CLES appelle à agir pour mettre fin à l’impunité et la banalisation de l’achat de services sexuels et à travailler à la création de conditions sociales et économiques pour que toutes les femmes aient de véritables choix. C’est un enjeu de société. Vous pouvez aussi mettre l’épaule à la roue. La formation de la CLES sera offerte dans votre région au printemps 2010, inscrivez-vous. Consultez notre site Web au www.lacles.org, devenez membre, parlez de la CLES autour de vous, aidez solidairement d’autres femmes qui vivent ces formes d’exploitation. Vous pouvez faire partie de la solution. 

La prostitution, comment et pourquoi on y reste?

Témoignages

Témoignages rapportés par La CLES

Voici un extrait de ce que nous ont confié des femmes qui ont été dans l’industrie du sexe dont nous avons posé la question : « La prostitution, comment et pourquoi on y reste ? » 

« Le déni, la banalisation, ou me sentir responsable de ce qui m’arrivait. »

« On a toutes de la fierté. Alors on ne veut pas reconnaître devant les autres, ceux-celles qui nous regardent de haut, que de se prostituer nous fait mal. Donc nous disons à qui veut l’entendre que nous aimons ce que nous faisons, surtout (d’autant plus) que nous nous faisons toujours rabaisser avec notre rôle de pute.» 

« C’est pas grand-chose, c’est une job comme une autre, y’a rien là. »

« C’est ce que je veux faire. C’est mon choix. »

« Les autres ne comprennent rien, nous jugent sans savoir…  » 

« J’étais toujours en mode survie. Ma sécurité, ma subsistance. Je n’avais pas le temps de penser à grand-chose d’autre. Ni de me poser bien des questions et de me demander vraiment si c’est cela que je voulais, si cela me convenait. Parfois on en parlait entre nous, sur la rue, de ce qu’on faisait, mais pas souvent et on banalisait beaucoup. On en parlait, mais pour s’encourager à continuer. Je me répétais que c’était ok pour m’en convaincre. J’avais toujours eu l’impression, de toute façon, de n’être qu’un corps, qu’on me donnerait de l’affection uniquement pour cela.  (coucher, donner des services sexuels pour être appréciée, ça faisait partie de la game.) » 

« J’avais une double vie complètement, j’allais à l’école le jour, où je ne réussissais pas très bien, et je retrouvais mon autre gang, mon autre vie le soir, la nuit. Je ne parlais absolument pas à l’école de ce que je vivais ailleurs, de ce que je faisais la nuit. J’essayais toujours de me trouver d’autres jobs, de l’argent, pour vivre et sortir de là, mais à chaque fois les hommes dans ces jobs arrivaient aussi vite à des propositions sexuelles, à du harcèlement, des pressions. Pourtant j’étais dans des jobs straights : tenue de livre, responsable de l’administration d’habitations, dans une boulangerie, etc. »

« Je ne me projetais pas dans l’avenir. Il y avait une question de survie au quotidien, et j’avais aussi besoin de payer ma dope. J’ai arrêté la dope avant de me shooter disons, mais j’ai pas mal tout passé le reste. On faisait juste cela, se doper, danser, se prostituer et recommencer. » 

« Moi j’achetais peu pour moi, sauf ma dope, mais j’achetais beaucoup d’autres choses (nourriture, vêtements) pour beaucoup de monde. Je faisais vivre beaucoup des membres de la gang,  notamment les plus jeunes, les musiciens. Ça avait l’air normal de les faire vivre. » 

« Pour les femmes que j’ai côtoyées, qui étaient junky, elles étaient prêtes pas mal à tout pour leur dope. C’était d’ailleurs une façon de recruter, ou alors une façon d’amener les filles à se prostituer, en les rendant dépendantes à la dope. Donc, les vendeurs la donnent d’abord ou encore ils te la vendent vraiment pas cher, pour créer le besoin et après les prix augmentent. Pis là t’es pognée. » 

Et la dissociation

« Depuis très très jeune, j’ai fait cela, me couper de la réalité. Je me souviens que très tôt, enfant (pendant les agressions sexuelles), je coupais, comme si je regardais, d’en-haut, ce qui m’arrivait, ce qu’on faisait à mon corps, à ma personne. Je regarde, je commente, je discute même avec moi, mais je ne ressens rien. Je me coupais pour ne rien sentir, parce que c’était trop yeurk. Même dans des viols collectifs plus tard ou pendant la prostitution, avec les clients, je me coupais comme ça. J’étais ailleurs dans ma tête. Oui, bien sûr, je ressentais une certaine souffrance physique si on me torturait, me battait, mais je n’étais pas toute là dans ma tête, mon corps, mes émotions. Il le fallait pour survivre à tout cela. Plein de filles me disaient de faire ça. On en riait parce qu’on se pensait protégées comme ça! 

C’est après que je me suis permis de sentir ce que j’ai vécu. Et maintenant, je ressens TELLEMENT d’impacts sur ma santé physique, mentale et relationnelle, sur tous les aspects de ma vie, mes activités, mes relations amoureuses, la méfiance, la peur toujours, les flash-back, au travail, la honte…»

Pour en savoir plus sur la prostitution et le trafic sexuel au Québec et dans le monde :

Recherche du Conseil du statut de la femme sur la prostitution : RechercheProstitutionProfessionOuExploitation

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Cliquez sur le lien suivant pour imprimer : CLES

 

©CALACS du KRTB

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